Afrique

Sénégal : Des arrestations arbitraires d’opposants et activistes, des violentes manifestations portent gravement atteinte aux droits humains

AFD international est très préoccupé par les troubles en cours au Sénégal et demande aux autorités de mettre un terme aux arrestations arbitraires d’opposants et des militants des droits de l’homme. De garantir le droit à se réunir pacifiquement et à ne pas entraver la liberté d’expression.

Selon nos informations monsieur Ousmane Sonko, président du parti PASTEF (Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité) opposant politique et député depuis 2017 a été arrêté le mercredi 3 mars 2021 à Dakar. Il est inculpé pour troubles à l’ordre public et participation à une manifestation non autorisée. Alors qu’il se rendait au tribunal pour répondre à une convocation d’un juge dans le cadre d’une sombre affaire de viol sur une jeune femme.

Son arrestation a provoqué une vague d’indignation dans tout le pays. Il est à noter que le pays vit une crise grave sur fond de misère sociale due en grande partie aux restrictions de la pandémie du covid-19. Des heurts violents ont eu lieu entre les forces de l’ordre et des manifestants provoquant des scènes de chaos. On dénombre des pillages dans des commerces, des grandes surfaces, et dans des pompes à essence. Ces scènes chaotiques ont eu lieu durant toute la semaine avec un bilan de quatre morts parmi les manifestants. On a pu constater un usage excessif et disproportionné de la force qui a entraîné la mort de ces manifestants.

On apprend également que 17 militants du parti PASTEF ont fait l’objet d’arrestations arbitraires juste devant le domicile d’Ousmane Sonko. Ils ont été détenus pendant 7 jours du 26 février au 3 mars sans aucune charge. Ils ont été privés de visites, et leurs avocats n’ont pas pu les rencontrer, avant d’être finalement libérés. Ces arrestations sont une entrave à la liberté de réunion pacifique et contraire à l’article 9 de la déclaration universelle des droits de l’Homme qui stipule que « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ».

Dans le sud du pays, dans la région de Casamence un manifestant est décédé à la suite de tirs de balles réelles par la police. Nous rappelons que l’utilisation d’armes létales dans le cadre du maintien de l’ordre est une infraction aux conventions internationales.

La liberté des médias à informer la population sur ces événements a également été gravement atteinte. Le gouvernement a procédé à la fermeture de deux chaînes de télévision WALF TV et SEN TV pendant 72 heures privant la population de son droit à l’information de manière indépendante.

On déplore également la présence d’individus qui ont été aperçus dans les rangs des forces de l’ordre habillés en civile, armés de gourdins à bord de pick-up en pourchassant les manifestants faisant usage de forces disproportionnées, occasionnant de graves blessures aux manifestants. Nous rappelons que La charte de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP)[1] dont le Sénégal est signataire stipule que les agents déployés dans le cadre des manifestations doivent porter des marques d’identification individuelle visibles en opération.

AFD International appelle à ce qu’une enquête indépendante soit menée afin mettre en lumière les événements qui ont provoqué la mort des quatre manifestants.

[1] Lignes directrices pour le maintien de l’ordre par les agents chargés de l’application des lois lors des réunions en Afrique. https://www.achpr.org/fr_legalinstruments/detail?id=65

Département Afrique-Subsaharienne

AFD INTERNATIONAL
Bruxelles, le 6 Mars 2021

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