Sénégal : les conditions de détention dans les prisons exigent des mesures urgentes

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Depuis la mise sur pied de la déclaration sur les conditions pénitentiaires en Afrique en 1996 en Ouganda, déclaration adoptée par les Nations unies et annexée à la Résolution sur la coopération internationale pour l'amélioration des conditions de détention dans les pays en développement, les réformes entreprises par les gouvernements africains pour améliorer les conditions de détention dans les prisons tardent toujours à porter leurs fruits.

Les organisations de défense des droits humains ne cessent de dénoncer cette situation carcérale en Afrique, depuis plusieurs décennies. Les prisons africaines ont une triste réputation. Les prisonniers y meurent des suites des tortures subies, de faim et de maladies, dans des cellules surpeuplées. Ces conditions de détention inhumaines sont dues en grande partie au surpeuplement.

Beaucoup de personnes arrêtées restent des mois sans être inculpées, et des années sans être jugées dans le cadre d’un procès. Par conséquent, la plupart des prisons dépassent leur capacité d’accueil. L'exemple sénégalais est assez illustratif de cette difficulté à pouvoir gérer la population carcérale. En effet, la maison d'arrêt et de correction de Dakar (MAC-Dakar) a été construite en 1929 avec une capacité maximale de 600 places. Ce chiffre est largement dépassé, car l'institution accueille actuellement, plus de 1200 détenus.

Dénonçant la vie dans les prisons sénégalaises, surpeuplées, AFD International pointe également un doigt accusateur en direction du sous-équipement et des traitements infligés aux détenus. Cette situation alarmante montre qu’il y’a lieu de s’interroger sur les droits humains dans ces structures.

Il urge la nécessité d'assurer une meilleure formation du personnel de l'administration pénitentiaire et de mettre à sa disposition des moyens adéquats.AFD International invite le personnel judiciaire à se donner la main, car l'humanisation des prisons est une œuvre collective au regard du rôle joué par chacun dans l’application des lois.

La question des conditions de détention est un problème à la fois humain, social et politique. Il faut donc nécessairement une humanisation des prisons afin qu'elles assurent les missions premières, à savoir protéger la société, empêcher la récidive et aider à la réinsertion.

Par conséquent, nous invitons le gouvernement du Sénégal à accompagner les actions correctives dans un premier temps, pour améliorer les conditions pénales et pénitentiaires.

Qu’en est-il de l’emprisonnement des opposants ?

La seconde alternance est intervenue au Sénégal sous le sceau de luttes qui ont eu des conséquences dramatiques emportant des vies humaines lors des violences préélectorales (13 au total dans le pays). Le Sénégal, dans cette optique, a eu à confirmer sa grande tradition de pays démocratique avec une alternance apaisée. Depuis l’élection du Président Macky Sall, le pays est fortement engagé sur des réformes institutionnelles et sur son plan de développement visant l’émergence.

Au même moment, il reste évident que le dialogue politique se crispe de plus en plus avec des situations de nature à saper la pratique des libertés entre acteurs politique et principalement ceux de l’opposition représentative.

Des arrestations ont été perpétrées vis-à-vis des hommes politiques appartenant tous au principal parti d’opposition. Ces arrestations sont couplées à celles des journalistes d’une certaine presse jugée virulente vis-à-vis du pouvoir en place.

Parmi les faits, il est aujourd’hui indéniable que des personnalités très influentes et responsables au premier chef sont encore en prison malgré le fait que certains bénéficient d’une immunité. Il s’agit de :

  • M. Oumar Sarr, coordonnateur adjoint du PDS, député à l’assemblée nationale, en prison pour flagrant délit malgré son immunité parlementaire
  • Mme Aida Ndiongue, responsable et ancienne ministre, a fait un an de prison, sorti et blanchi sur son chef d’accusation
  • M. Abdoul Aziz Diop, responsable des cadres, a fait un an après avoir été blanchi sur ses accusations
  • M. Toussaint Manga, responsable des jeunes, est encore en prison
  • M. Bara Gaye, ancien responsable des jeunes a fait six mois de prison
  • M. Victor Sagna DIOUF, en prison depuis plus de 8 mois
  • M. Jonhy BA, en prison depuis plus de 8 mois
  • M. Cheikh Amadou Bamba BA, en prison depuis plus de 8 mois
  • Samuel Sarr, ancien ministre a passé près de trois mois en prison puis libéré
  • Amadou SALL, avocat, a passé des mois également en prison

Il est également établi que des interdictions de sortie du territoire ont été prononcées à l’essentiel des dignitaires de l’ancien régime. Dans cette foulée, le Sénégal s’est réveillé dans la violation de cette mesure pour un responsable, frappé par la mesure, qui accompagnait le président du Sénégal en Guinée lors de l’investiture du Président Condé.

AFD International dénonce la pratique d’une justice sélective et encourage l’Etat à combattre cette impunité. Dans le même sillage, il serait attendu de combattre cette impunité qui semblerait établir une justice à deux vitesses. Des dignitaires (parlementaires et personnalités de l’ancien régime) sont exemptés de poursuite après que des faits graves leur soient reprochés.

Les Journalistes sont constamment arrêtés, interrogés au niveau de la Division des Investigations Criminelles (DIC) après la publication de certaines informations ou certaines critiques sur l’action gouvernementale comme l’envoi d’un contingent de 2100 soldats en Arabie Saoudite. Des journalistes de D-médias, Zoom Info ont été cueillis sur leurs lieux de travail pour passer devant la DIC.

AFD International encourage le gouvernement dans la réforme de la justice dans le sens du juge des libertés et de la réduction de la détention provisoire dont plusieurs détenus font l’objet en attendant de passer devant les juridictions.

La protection des droits de la presse par la suppression du délit de presse pourrait renforcer la liberté de la presse sans altérer la liberté individuelle. Le Sénégal devra trouver l’équilibre par un meilleur encadrement et une meilleure formation des journalistes.

AFD International encourage les autorités Sénégalaises à engager les réformes attendues au sein de la justice, reconnaissant par la même occasion que la cour de répression illicite (CREI) devrait être réformée pour répondre aux exigences du droit et du respect de la dignité et des libertés individuelles.

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Département Afrique Subsaharienne
Bruxelles, Belgique
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